Déconstruction d'une maison alsacienne

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Construction
par JeanMarcLabois
06/02/2013 21:08
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Déconstruction d'une maison à colombages  

Mon dernier job au service d'un particulier: démolition - déconstruction d'une maison alsacienne, le tout "à la main" . Pour mener à bien ce chantier, nous avons bossé à deux. Le chantier a duré deux mois environ. Toute la maison n'a pas été déconstruite, mais seulement une aile sur 4 niveaux ; par contre tous les plafonds ont été évidés (environ 12), et une partie des colombages intérieurs du reste de la maison. Surface au sol initiale : 8 x 13 m. Coût global de l'opération pour mon employeur : environ 4 000 €.  

1. Principe
  Tout peut se faire "à la main" ou presque, c'est ce qui coûte le moins cher... A certains moments, il faut être à deux, et à certains moments, il faudrait être quatre (déplacer poutres maîtresses...). Ou utiliser des systèmes de poulies pour les descendre, puis de rondins bien lisses (manches...) pour les déplacer.
  Il faut du dégagement autour de la maison. Il y a un risque de chute de bois, tuiles, briques, tout autour. Lorsqu'on fait tomber des chevrons ou des solives de 6 m de long... il ne faut pas que d'autres corps de bâtiment se trouvent à moins de 6-8 m, ou alors il faut trouver un système pour retenir les parties qu'on fait tomber, afin qu'elles chutent à un endroit déterminé et contrôlé (cordes, poulies...). Dans ce cas, 2 à 3 m ou même moins, peuvent suffire.  

Evacuation des déchets
  Du point de vue de la gestion du temps, le plus important est de bien planifier l'évacuation des déchets.
  En campagne, on trouve toujours un paysan ou un maire qui sera ravi d'emporter votre tas de gravats pour remblayer des chemins (lui demander s'il prend le plâtre avec), si on lui paye le prix de la course et du carburant (100 €). En ville : faire passer une annonce pour ce genre de service, sinon, on est contraint d'aller en déchetterie. Là, c'est plus compliqué. Normalement, étant donné qu'il s'agit d'un particulier et non d'une entreprise, ils doivent accepter les déchets. Cependant, ils font parfois des difficultés lorsqu'ils voient des particuliers apporter des tonnes et des tonnes de déchets... Ils peuvent alors demander à ce qu'on paye 25 € le mètre cube. A voir. Tant qu'ils ne protestent pas, pas de raison de s'alarmer...
Dans ce cas, à moins de disposer d'un camion benne, acheter des seaux à gravats 40 L en grande quantité (50), ils seront vite rentabilisés en terme de temps et d'énergie. L'enlèvement par container (benne) coûte environ 500 € par container.
Le principe à suivre pour l'évacuation des déchets quels qu'ils soient, si on ne veut pas perdre un temps précieux, est le suivant : ne pas déverser à un endroit des choses qu'on doit ensuite ramasser de nouveau pour les déverser à un autre endroit, et ainsi de suite.
Exemple : pour l'évidement des plafonds, plutôt que de faire tomber les gravats (sable, coke, terre, torchis) à l'étage inférieur pour le ramasser ensuite à la pelle et le transporter dans une brouette ou des seaux, qu'on va ensuite descendre avec une corde, déverser plus loin sur un tas, reprendre ce tas pour le mettre dans un camion, vider ce camion avec des pelles... il vaut mieux mettre la brouette directement sous le plafond (travailler à deux, c'est mieux, ou disposer de plusieurs brouettes pour éviter de passer son temps et dépenser son énergie à monter et descendre). L'un excave le plafond, l'autre mène les brouettées vers le tas que viendra prendre l'agriculteur au pied de la maison, via un système de goulottes de chantier (munies d'un entonnoir à fabriquer en OSB), et/ou de tôles en pente raide clouées sur des chevrons (pour dégager le tas de quelques mètres de la maison).
On peut envisager de fabriquer soi-même sa goulotte d'évacuation en achetant 40 seaux à 1 €, les percer, les relier par une chaîne, plutôt que d'acheter une goulotte à 75 € HT le mètre ou de la louer. 

Récupération de matériaux
Prévoir à l'avance les emplacements précis où l'on triera et entassera ce qu'on veut  conserver, sans que ça gène le chantier, et disposer de tôles ou de bâches pour éviter que ce qu'on récupère soit exposé aux intempéries. - briques (les nettoyer de suite ne prend pas beaucoup plus de temps. Les plus appréciées par les maçons sont celles dont les coins sont en bon état). Ne pas nécéssairement conserver celles qui sont au niveau du sol, et celles atteintes de salpètre (enduit + difficilement réalisable). - colombages (chaque colombage forme un ensemble à conserver en tant que tel) - chevrons, solives : si elles sont en bon état, les conserver dans leur longueur d'origine et les déclouer tant que le bois est sec. - bois à brûler, planches, petit bois. - planches de planchers : à conserver immédiatement au sec. - le mortier chaux-sable (même gorgé d'eau) récupéré entre des briques est très utile pour assécher des chantiers boueux.  


Démontage  

Démontage du toit : le démontage des tuiles peut se faire de l'intérieur. On en casse une pour démarrer, puis on peut retirer les autres. Il convient, par temps probable de pluie, de couvrir les sols avec une bâche, s'il n'y a pas de revêtement type lino ou stratifié, de sorte que l'eau ruisselle à l'extérieur (faire des trous à la base des murs). Cela évite que les sols se gorgent d'eau (et de poids). Puis, arrachage des liteaux (lattes, tasseaux). Démontage des chevrons : cf schéma ci-dessus. Les chevrons s'affalent facilement, sans causer de dégats. De même pour les solives... Si jamais les bois retombent sur le mur, il n'y a pas de problème, les colombages étant très solides. On peut se permettre d'évider totalement une maison en conservant les bois en place : la maison continue de bien tenir debout, si les bois ne sont pas pourris aux endroits clé.  

Pour récupérer, sans (trop) l'abîmer, un plancher qu'on arrache, on peut expérimenter plusieurs méthodes : - le pied de biche japonais pour extirper le clou dans son emplacement (pas testé). - sectionner la tête du clou à la perceuse : pas testé, ça doit être fastidieux, et une fois la planche retirée on ne peut plus arracher le clou, mais seulement le sectionner. - la méthode qui me semble la plus simple est de chercher à soulever la planche des deux côtés en commençant par son extrémité, mais ce n'est faisable que si la planche est bien solide à son extrémité, ce qui n'est pas toujours le cas et que son extrémité est accessible pour un travail au pied de biche. Commencer par les clous au centre. Enlever tous les clous de suite.
On peut aussi glisser un burin, d'abord pas trop épais, transversalement à la planche, puis un plus gros, et encore un plus gros, jusqu'à ce qu'on parvienne à soulever la planche au pied de biche des deux côtés. On bloque l'ouverture réalisée en glissant un burin dans l'ouverture, pour attaquer un peu plus loin au pied de biche, et ainsi de suite. En attaquant la planche des deux côtés, on a moins de chance de la voir se rompre au milieu. Les endroits où la planche est totalement bloquée ou bien où elle est plus fragile, utiliser la technique du burin. En procédant ainsi, on parvient à déclouer un plancher, même très large (40 cm), sans les voir se briser. Parfois, des fissures se créent, mais ce n'est pas très grave, la planche reste utilisable.  Veiller à entreposer les planches avant qu'elles ne prennent la pluie, se gorgent d'eau et se champignonnent.   Quand on arrache un plancher, mieux vaut retirer tout de suite l'ensemble des clous restant sur la solive, par souci de sécurité : on ne risquera pas de perdre l'équilibre ensuite en marchant dessus, au dessus du vide.

Evidement d'un plancher avec palençons et torchis :    Toujours procéder par au-dessus. 
Par en dessous, c'est possible, mais c'est vraiment galère, il faut pouvoir respirer, et se protéger la tête, les yeux, et les vêtements si possible, de toute la poussière qui tombe.

Après avoir retiré le(s) revêtement(s) (lino, parquet, stratifié, plancher, etc.), les parties à évider apparaissent. Placer les brouettes sous les endroits qu'on va commencer à évider. Pour contrôler un peu le déploiement de poussière, on peut placer un genre de rideau de douche au dessus de la brouette (oeillets sur des clous), mais ça n'empêchera pas tout.

Avant toutes choses, il est nécessaire de parler SECURITE :
il est important de ne marcher que sur les solives, pour ne pas risquer de tomber à l'étage du dessous et de se faire bien mal. Se rendre à l'étage du dessous pour contrôler l'état des solives. Mettre un étai ou deux dans le doute (normalement, il n'y en a pas besoin, la structure va au contraire s'alléger, à moins qu'elle ne se soit gorgée d'eau de pluie...). 
 
Ce qui risque le plus de lâcher, ce ne sont pas les palençons eux-mêmes, même s'ils sont pourris : si un palençon lâche, l'autre vous retient, au pire, vous passerez le pied et c'est tout, vous n'aurez que quelques éraflures. 
 
Le plus grand risque probable, c'est que ce soit une partie de la solive qui lâche d'un coup, c'est à dire la partie sous l'entaille réalisée pour la pose des palençons. Quand un plancher est mis à mal par l'humidité, c'est généralement cette partie qui lâche en premier.  Lorsqu'elle lâche, c'est sur une longueur d'au moins un mètre, ce qui fait que vous tombez avec.   Il faut donc installer une vieille porte ou un système de planches qui ne reposent que sur les solives (2 solives au minimum). Vous progressez dans votre travail en restant toujours sur les solives. Vous déplacez la porte en ne marchant que sur les solives. Quant aux solives elles-mêmes, elles ne risquent pas de lâcher dans toute leur épaisseur, si elles ont tenu jusqu'ici. Lorsque la solive cède au niveau de l'entaille des palençons, c'est qu'un revêtement (plancher...) ne reposait déjà plus que sur les solives, et non sur les palençons. Retirez bien les clous des solives pour continuer de marcher dessus une fois le plafond évidé.
 
Pour attaquer les palençons, il faut d'abord faire un trou, à la masse, par exemple (merlin ou masse à tranche). Faire tomber les agrégats (sable, cocke, terre, gravats, etc.) qui sont au dessus du torchis des palençons, à l'aide d'une pelle carrée à col de cygne ou d'une grosse binette à pousser. Se protéger les genoux avec de bonnes genouillères. Utiliser un masque à poussières si possible (sparadrap au dessus du nez et du masque pour empêcher la buée sur les lunettes), lunettes de vue ou de protection, gants cuir. Ensuite, on attaque le torchis, pour le désolidariser des palençons de châtaignier, avec ce qu'on a sous la main : pied de biche, masse à tranche, décintoir, etc. Le mieux est de changer d'outil régulièrement pour ne pas se fatiguer et ne pas attraper de tendinite. 
 
Récupérer les palençons de bois avant qu'ils ne tombent à l'étage inférieur (s'il n'y a pas de brouettes en dessous, on en retrouvera un certain nombre sous les gravats, ce qui rendra d'autant plus pénible le ramassage à la pelle).
 
Des palençons bien conservés peuvent resservir soit comme bois de chauffage, soit comme chêne de remplacement (consolider un truc...), soit pour faire un petit pont de bois, un chemin désolidarisé du sol pour une allée... Le châtaignier est un bois relativement imputrescible s'il reste bien aéré.

Démontage des solives (poutres du plancher) :
elles sont démontées une fois le plancher soigneusement évidé. Retirer les restes de poussière sur les solives pour ne pas se les récupérer dans les yeux... (ou les passer au jet). Normalement, elles sont posées sur le colombage avec un système de grosses chevilles verticales à emboîtement lâche, qu'on peut facilement dégager en poussant la solive vers le haut. On déboite un côté qu'on pose sur la panne sablière (ou la poutre maîtresse), puis l'autre, puis on peut la mettre à terre, d'un côté, puis de l'autre. A deux, on vient à bout de la plupart des solives, qui sont d'une section raisonnable, et rarement de 6 m de long. Par contre, la poutre maîtresse requiert l'intervention de 4 personnes, à moins de disposer d'un équipement avec poulies, etc.  

Démontage des colombages :
les colombages sont démontés une fois les solives et chevrons descendus, et les murs évidés. Evider tous les murs à colombage (en commençant par le haut) avant d'en démonter un. Peu importe par quel côté on commence le démontage. Garder les plus stables (les moins pourris) pour la fin. On démonte bien sûr en commençant par le haut. Utiliser un pousse chevilles pour les sortir. Parfois, il est impossible d'utiliser le pousse chevilles, certains assemblages étant faits à partir de demi-chevilles enfonçées en force à mi-course et sans 2è orifice sur l'extérieur (rafistolages...). Seul moyen, la perceuse avec mèche gros calibre. On peut se permettre de jeter à bas les bois s'ils ne sont pas pourris, et en faisant attention à ne pas casser le tenon... Si on veut conserver le colombage, il vaut mieux le conserver dans son ensemble, même les parties pourries (un charpentier les refera à l'identique). Une fois les sablières retirées, on passe au plancher du dessous.  

Outils à main   Mettre un coup de peinture rouge sur les outils ou les manches permet de les retrouver plus facilement dans un chantier où tout devient peu à peu de la même couleur...  
- Balai de ménage le plus simple possible    
- Pelle de ménage en acier laqué (solide)  - Pelle de terrassier - Pelle à col de cygne, houe de jardinier... (pour pousser les gravats entre les solives vers la brouette située en dessous)
- Masse à tranche ou Merlin
- Décintoir
- Seaux flexibles
- Brouettes : au moins deux.
- Pieds de biche de différentes longueur (dont 1 de 80 cm au moins)
- Massettes
- Quelques étais à vis
- Cordes, sangles (en cas de besoin)

Outillage électrique  
- Aspirateur à poussières pour les endroits confinés (pas forcément nécessaire, si on fait des pauses quand il y a trop de poussière ou si on change de masque toutes les 2h).  
- Perforateur- Burineur léger (suffisant, pour faire tomber les plâtres, désolidariser les briques, etc.)
- Mèches à bois 20 mm
- Visseuse + embouts (sur batterie 18 V ou secteur)
- Marteau piqueur électrique, s'il y a des dalles béton à fracturer (location possible pour     70 €/j).
  - Rallonges électriques

Sécurité de la personne  
- Masques à poussière jetables adaptés à un effort soutenu (avec soupape). Consommation : au moins deux par jour lorsqu'on évide les plafonds. A acheter par boîte de 20. (+ sparadrap 6cm pour bien plaquer le masque sur le nez, surtout si vous avez comme moi des lunettes...). Les masques plus perfectionnés (demi-masques, etc) ne sont pas adaptés... Il faudrait changer tellement souvent les cartouches, que cela coûterait une fortune.

- Si amiante, masques FFP3D jetables. Si amiante, prévoir une combinaison, ou un ensemble de vêtements qui ne serviront qu'à ça. Mais bon, faut faire gaffe, avec l'amiante, de pas polluer en plus l'environnement... Ce n'est plus du ressort d'un mec qui bosse seul...  
- Casque anti-bruit (basique)   
- Genouillères à scratch
- Gants : Les gants cuir souple (vachette) tiennent environ 1 mois (20 €)
Autres gants appréciés : gants maçon hiver

- Casquette de sécurité Les casques, c'est bien pour ne pas recevoir de briques sur la tête, mais pour simplement ne pas se cogner la tête sous les poutres basses, la casquette de sécurité (coque renforcée) est préférable : visibilité plus étendue, visière en arrière. Avec un casque, vous êtes sûr de vous cogner 20 x par jour...                


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10 commentaires

vers « Déconstruction d'une maison alsacienne »

Oupppppppppppppppsssssssssssssssssss, c'est quoi s'truc de ouf !!!!!

Là on ne peut plus parler de bricolage, non ?
En tout une description vraiment très complète, bravo !!
On attend les photos, plus parlantes que n'importe quelle discours :)
Ps: marrants les dessins
2013-02-06 21:20:51

Aiiee ... je viens de choper un mal de crane avec la description ^^
Je suis du même avis d'arvorig , les photos parlent plus que des phrases...
J'attend la suite ...^^
2013-02-06 21:30:42

Povrito ;) ludogoin :)
2013-02-06 21:42:10

Wouah, j'avoue honteusement que pour ma part, je n'ai pas tout lu
2013-02-06 21:53:42

Moi, j'ai tout lu, nananananère!
Et je trouve cela formidable.
On dirait mon job...
Bravo mais quelques photos en plus aurait été parfait!
2013-02-07 08:21:19

j'ai (presque) tout lu, et je me demande si ce genre d'article EN PLUS d'être dans les projets ne trouverait pas sa place AUSSI dans le wiki du bricoleur
je retournerai lire la suite quand plus de temps et pas la cuisine sur le feu !!! mdrrrrr
2013-02-07 13:50:19

Merci de vos commentaires. Je suis désolé pour l'absence de photos. J'en avais fait qq unes avec mon portable, et au cours du chantier, et je l'ai perdu (sans doute enfoui sous 10 tonnes de gravats...). J'arriverai peut-être à en trouver une ou deux de mon nouveau tél, mais je crains qu'elles ne soient un peu sombres.
2013-02-07 16:52:43

paint net et réglage des contrastes et lumières -_^
2013-02-07 17:18:08

C'est du domaine professionnel ! Trop pointu pour moi et j'avoue, moi aussi, ne pas avoir tout lu....
Mais bravo, en tous cas, pour ce boulot impressionnant.
2013-02-07 17:34:12

Dommage que tu n'ai plus les photos !
2013-02-12 07:18:10

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